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Amende d'un autre pays européen : vraie ou arnaque ?

Une vraie amende étrangère arrive par courrier, en français, parfois des mois après. Un SMS avec un lien est une arnaque. Vérifier, payer, contester.

Mis à jour le 29 octobre 2026 · 7 min de lecture

Un courrier venu d'Italie qui réclame un péage de l'été dernier, un SMS qui annonce une amende routière belge à régler en ligne, un e-mail « ASFINAG » qui parle d'une infraction en Autriche : les trois situations existent, et une seule des trois a de bonnes chances d'être authentique. Les amendes transfrontalières sont réelles, et le dispositif européen qui permet de les envoyer à domicile a été élargi fin 2024. Les escrocs le savent, et imitent les autorités.

La règle qui permet de trier presque tous les cas : une amende routière d'un autre pays de l'Union arrive par la poste, à votre domicile, rédigée en français. Un SMS ou un e-mail qui vous envoie payer par un lien n'est pas la voie normale.

Comment arrive une vraie amende étrangère

Depuis la directive européenne 2015/413, les pays de l'Union s'échangent les données d'immatriculation pour poursuivre un conducteur qui n'a pas été arrêté sur place. La fiche « Sanctions en cas d'infraction routière en Europe » de Service-Public (vérifiée le 14 octobre 2026) donne la liste des infractions concernées : excès de vitesse, ceinture, feu rouge, alcool, drogues, casque, voie interdite, téléphone au volant, distance de sécurité, dépassement dangereux, stationnement ou arrêt dangereux, ligne continue, sens interdit, couloir de secours, surcharge, restrictions d'accès des véhicules, délit de fuite et passage à niveau. La même fiche cite la directive 2024/3237 du 19 décembre 2024, qui a modifié ce dispositif.

Selon cette fiche, si vous n'avez pas été interpellé, un courrier est adressé à votre domicile. La lettre de notification est rédigée en français et précise notamment :

  • les détails de l'infraction : nature, lieu, date et heure ;
  • les moyens et la date de paiement ;
  • les procédures de recours.

Le montant et la procédure sont ceux du pays où l'infraction a été commise. Vous ne perdez pas de points sur votre permis français. Le Centre Européen des Consommateurs France ajoute, dans sa fiche sur les infractions routières à l'étranger (mise à jour le 11 août 2025), que vous pouvez demander une version française si vous recevez une lettre dans une autre langue, en invoquant l'article 5.3 de la directive.

Les péages ont leur propre règle. Depuis le 19 octobre 2021, la directive 2019/520 permet aux pays de l'Union d'échanger des informations sur les conducteurs qui n'ont pas payé un péage. Le CEC France dit recevoir de plus en plus de réclamations pour des péages impayés en Italie, au Portugal ou au Royaume-Uni.

Les courriers venus d'Italie

Deux types de courriers italiens surprennent les conducteurs français, et tous deux peuvent être parfaitement légitimes.

Le péage non payé. Le CEC France consacre une fiche aux péages impayés en Italie : voie Telepass empruntée sans badge, paiement par carte refusé (ticket « Mancato pagamento » qu'il faut garder), entrée non détectée, grève du personnel avec barrières levées. Les autoroutes italiennes restent payantes dans tous ces cas, et la société de recouvrement GERI Gestione Rischi, à Milan, peut vous écrire ensuite. L'exemple de courrier reproduit par le CEC réclame 16,48 euros : 4,04 euros de péage et 12,44 euros de frais de recouvrement. Pour éviter ces frais, le péage peut être réglé après coup en ligne sur le site d'Autostrade per l'Italia ou dans un point « Punto Blu ».

La zone à trafic limité (ZTL). Environ 300 villes italiennes ont une ZTL contrôlée par caméra, selon la fiche du CEC sur les contraventions en ZTL (mise à jour le 4 juin 2025). Chaque entrée et chaque sortie peuvent donner lieu à un procès-verbal, en général de 100 à 200 euros par passage. Le courrier arrive souvent plusieurs semaines ou plusieurs mois après, souvent envoyé par une société de recouvrement mandatée par la police italienne : l'amende doit être notifiée dans les 360 jours, et peut être réclamée pendant cinq ans. Vous disposez de 60 jours après réception pour contester, gratuitement auprès du préfet ou pour 38 euros devant le juge de paix, avec des formulaires en italien uniquement. Attention : si le recours auprès du préfet échoue, l'amende est doublée.

Un courrier tardif n'est donc pas un indice de fraude. C'est la manière de payer qui doit vous alerter.

Les faux messages d'amende

Trois autorités de pays voisins ont décrit des campagnes récentes.

  • Belgique, octobre 2026. Safeonweb a signalé le 23 octobre 2026 de faux e-mails et SMS au nom de Just-on-web, le portail du SPF Justice, qui promettent une réduction sur une amende routière et mènent à un faux site. Safeonweb rappelle que la police et le SPF Justice n'envoient pas de demandes de paiement d'amende par SMS ni directement à une adresse e-mail privée (une notification de My eBox reste possible), qu'aucune réduction n'est jamais accordée, et que les amendes se vérifient sur justonweb.be.
  • Luxembourg, octobre 2023. La Police grand-ducale a mis en garde contre des e-mails et SMS à son nom et à celui de Guichet.lu réclamant une amende pour une prétendue infraction routière. Les victimes étaient ensuite appelées par de faux employés de banque qui cherchaient à obtenir leurs cartes et leurs codes. La police précise que cela ne correspond pas à sa façon de procéder.
  • Autriche. L'ASFINAG, gestionnaire des autoroutes, affiche en tête de son site une alerte contre de faux SMS, e-mails et fausses boutiques qui invoquent de prétendues amendes pour obtenir des données de clients.

Ces messages ont des traits communs : un lien, un délai très court (« avant majoration », « dernier avis »), une réduction ou une menace de poursuite, un montant modeste pour que vous payiez sans vérifier. Le vrai danger n'est pas le montant : ce sont les données de carte saisies sur la fausse page, puis l'appel d'un « conseiller bancaire » qui suit, comme au Luxembourg.

Vérifier un courrier ou un message en cinq questions

  1. Étiez-vous dans ce pays, avec ce véhicule, à cette date ? Un message qui ne cite ni lieu, ni date, ni plaque est sans valeur.
  2. Par quel canal est-il arrivé ? Courrier postal à votre nom et à votre adresse : voie normale. SMS ou e-mail avec un lien de paiement : à traiter comme suspect.
  3. Le courrier contient-il les mentions exigées ? Nature, lieu, date et heure de l'infraction, montant, délai de paiement, voies de recours. Pour une ZTL italienne, le CEC France indique que l'amende et la photo de l'infraction sont en général consultables en ligne avec les identifiants imprimés sur le courrier.
  4. Où vous demande-t-on de payer ? Allez vous-même sur le site de l'autorité ou du concessionnaire en tapant son adresse (justonweb.be en Belgique, site d'Autostrade per l'Italia pour un péage italien) plutôt que de suivre un lien. Collez tout lien reçu dans notre vérificateur de lien et le texte du message dans notre analyseur de message.
  5. Les frais sont-ils annoncés ? Pour une société de recouvrement établie en France, le CEC France indique qu'elle ne peut réclamer que le montant de l'amende initiale, sans frais supplémentaires. Un courrier de recouvrement venu d'Italie peut en revanche ajouter des frais, comme dans l'exemple de GERI : distinguez le montant du péage ou de l'amende et celui des frais.

Vous avez payé ou cliqué

Vous avez saisi vos données de carte sur la page d'un SMS ou d'un e-mail : faites opposition immédiatement (en France, numéro d'opposition de votre banque ou serveur interbancaire au 0 892 705 705, numéro surtaxé ; en Belgique, Card Stop au 078 170 170), puis contestez les débits. Notre guide sur la fraude à la carte bancaire détaille les délais : 13 mois pour un paiement dans l'Espace économique européen.

Un « conseiller bancaire » vous appelle juste après : raccrochez. C'est la suite habituelle de ces campagnes, décrite dans notre article sur le faux conseiller bancaire.

Vous pensez qu'une vraie amende est injustifiée : lisez les voies de recours indiquées dans le courrier avant de payer, et respectez leur délai, qui court en général à partir de la réception (60 jours pour une ZTL italienne, selon le CEC France).

Pour signaler le faux message, utilisez le service du pays où vous résidez : Cybermalveillance.gouv.fr en France, [email protected] en Belgique, SPAMBEE au Luxembourg, l'OFCS en Suisse. Nos pages Belgique, Luxembourg et Suisse donnent le détail.

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