Faux mail d'Europol ou d'Interpol : la convocation par e-mail est une arnaque
Une « convocation » d'Europol, d'Interpol ou de la police reçue par e-mail est fausse. Ce que disent les polices française, belge et suisse, et que faire.
Mis à jour le 29 octobre 2026 · 6 min de lecture
Le message est conçu pour faire peur : un en-tête aux couleurs d'Europol, d'Interpol, de la Gendarmerie nationale ou de la police fédérale, le nom d'un vrai dirigeant, un numéro de dossier, et une accusation infamante, le plus souvent la détention ou la diffusion d'images pédopornographiques. Vous auriez quelques jours pour vous justifier par retour d'e-mail, faute de quoi votre nom serait transmis à la justice, voire à la presse.
Ce message est faux, quel que soit le logo. La police cantonale de Fribourg le résume ainsi : « La police n'envoie jamais des amendes ou documents judiciaires par un courrier e-mail ! » En Belgique, Safeonweb rappelle de même que la police et le SPF Justice ne réclament pas le paiement d'une amende par SMS ou directement sur une adresse e-mail privée. Et Europol, agence européenne de coopération entre polices, ne poursuit pas les particuliers.
Ce que disent les polices
Gendarmerie nationale, août 2026. Depuis le 3 août 2026, la Gendarmerie met en garde contre une nouvelle vague de courriels frauduleux usurpant son identité et celle d'Europol, comme l'a rapporté macommune.info le 5 août 2026. Les messages accusent faussement leurs destinataires de détenir des contenus pédopornographiques et se présentent comme des convocations en justice. La Gendarmerie y indique constater, depuis plusieurs semaines, une recrudescence de signalements d'internautes ayant reçu un e-mail « de la part de la Gendarmerie nationale et d'Europol ».
Police belge, 2021. La police a décrit des campagnes d'e-mails au nom de la Federal Computer Crime Unit, de la police judiciaire fédérale et d'Europol, certains signés du nom de Catherine De Bolle, directrice d'Europol et ancienne commissaire générale de la police fédérale. Leur objet : « Votre convocation ». Leur contenu : de prétendues infractions, jusqu'à l'envoi de photos sexuelles à des mineurs. La police fédérale a saisi le Centre pour la cybersécurité Belgique pour bloquer les adresses utilisées.
Police cantonale de Fribourg, 2021. Son communiqué du 16 décembre 2021 décrit le même procédé sous les noms de l'Office fédéral de la police (fedpol), d'Interpol, d'Europol et de la Gendarmerie nationale française. Le destinataire doit d'abord se justifier par e-mail dans un délai donné, puis il est amené à verser de l'argent. La police fribourgeoise résume : « La police n'envoie jamais des amendes ou documents judiciaires par un courrier e-mail ! »
Office européen de lutte antifraude (OLAF), 2022. La variante institutionnelle européenne existe aussi : l'OLAF a signalé le 28 janvier 2022 de faux messages et courriers à son nom, avec le logo de la Commission européenne ou de l'OLAF et l'identité de ses agents, qui proposent souvent un transfert d'argent moyennant des frais et la communication de données personnelles et financières. L'OLAF précise qu'il ne propose ni ne demande jamais de transfert d'argent à des particuliers.
Réseau des Centres Européens des Consommateurs (ECC-Net), 2025. Le 2 juin 2025, le réseau a signalé de faux « représentants de la protection des consommateurs » qui contactent par téléphone et par e-mail des victimes d'arnaques antérieures. Ils prétendent avoir récupéré leur argent, prétendument déposé dans une « banque suisse à Londres », et réclament des données personnelles avant une fausse date limite, en invoquant une collaboration avec la Banque centrale européenne, des régulateurs ou Interpol. Le réseau précise que ses services sont gratuits, qu'il ne propose pas de récupération de fonds et qu'il ne demande jamais de paiement ni d'informations financières.
Pourquoi Europol ne peut pas vous écrire ainsi
Europol a pour mission de soutenir les polices des États membres contre le terrorisme, la cybercriminalité et les autres formes graves de criminalité organisée, comme le résume le gouvernement luxembourgeois. Convoquer un particulier, le poursuivre ou lui infliger une amende relève des polices et des tribunaux nationaux, pas d'Europol. Sa propre page « Report a crime » renvoie d'ailleurs le public vers la police de son pays pour signaler une infraction. Interpol fonctionne de la même façon, à l'échelle mondiale.
En cas de doute sur un courrier qui se dit officiel, la police de Fribourg conseille de vérifier l'adresse du correspondant ou de s'informer auprès de la police : appelez le commissariat ou la gendarmerie de votre secteur, à un numéro que vous trouvez vous-même. Aucune procédure pénale ne se règle par un paiement demandé par e-mail.
Reconnaître le faux en trente secondes
- L'adresse de l'expéditeur. Les polices citées décrivent de fausses adresses e-mail de « représentants des autorités ». Une adresse sans rapport avec un domaine officiel trahit le faux, mais une adresse d'apparence officielle peut aussi être imitée : ne vous y fiez pas seule.
- La pièce jointe en PDF qui reprend des logos, des tampons et des signatures : elle se fabrique en quelques minutes et ne prouve rien.
- L'accusation sexuelle et la menace de publicité. Elle vise à vous empêcher d'en parler à quelqu'un. C'est précisément ce qu'il faut faire.
- Le délai très court et la demande de répondre par e-mail.
- La demande d'argent, présentée comme une amende, des frais de dossier ou une « transaction » pour classer l'affaire.
Notre analyseur de message relève ces signaux dans un texte collé. Il ne remplace pas le réflexe principal : ne pas répondre.
Que faire
Vous avez reçu le message sans répondre. Ne répondez pas, n'ouvrez pas les pièces jointes, ne cliquez sur aucun lien. Signalez-le, puis supprimez-le :
- en France, sur la plateforme PHAROS ou via la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr sur le signalement d'un hameçonnage ;
- en Belgique, en le transférant à [email protected], comme le recommande Safeonweb ;
- au Luxembourg, avec l'outil SPAMBEE ;
- en Suisse, sur le formulaire de l'Office fédéral de la cybersécurité.
Vous avez répondu, envoyé une pièce d'identité ou des données. Ne poursuivez pas l'échange, même si les relances deviennent plus pressantes. Si vous avez transmis une copie de pièce d'identité, notre article sur la fuite de données explique comment surveiller une usurpation.
Vous avez payé. Prévenez immédiatement votre banque pour tenter de bloquer ou de rappeler le paiement, puis portez plainte en joignant le message, ses en-têtes et la preuve du paiement. Pour la Belgique, le Luxembourg et la Suisse, nos pages Belgique, Luxembourg et Suisse donnent les numéros et les démarches.
Si le message vous a profondément inquiété, parlez-en à quelqu'un. Vous n'avez rien fait : la police de Fribourg souligne que ces e-mails sont envoyés à grande échelle, et que de nombreuses personnes les ont reçus.
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