Arnaques bancaires : vos droits, les délais et les démarches officielles
Carte, virement, faux conseiller : ce que la banque doit rembourser, sous quel délai, sur quelle base légale, et les services officiels à saisir.
En matière de fraude bancaire, une seule question décide de presque tout : avez-vous, ou non, consenti au paiement ? Le Code monétaire et financier traite très différemment l'opération que vous n'avez pas autorisée et celle que vous avez vous-même ordonnée, même sous l'effet d'une tromperie. Ce dossier part de cette distinction, puis renvoie vers la page détaillée de chaque situation.
La distinction qui commande vos droits
Opération non autorisée. Un paiement par carte que vous n'avez pas fait, un virement émis depuis votre espace client à votre insu. La banque doit rembourser immédiatement, et au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement (article L133-18). C'est à elle de prouver que l'opération a été authentifiée et, si elle veut refuser, d'établir votre fraude ou votre négligence grave (article L133-23).
Opération autorisée. Un virement que vous avez saisi et validé vers un compte qui s'est révélé être celui d'un escroc. L'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, présidé par le gouverneur de la Banque de France, le formule ainsi dans ses recommandations de 2023 : lorsqu'une opération est reconnue comme autorisée, la réglementation relative aux moyens de paiement ne prévoit pas de droit à remboursement. Restent la demande de retour des fonds, la plainte et l'action contre le bénéficiaire.
La zone grise. Entre les deux se trouvent les opérations que vous avez validées dans votre application parce qu'un faux conseiller vous l'a demandé. Le même document y consacre sa recommandation n° 6 : l'authentification forte ne suffit pas à établir le consentement, et la banque doit analyser le contexte, manipulation comprise, avant de décider.
Trouver la page qui correspond à votre situation
Des débits par carte que vous ne reconnaissez pas, alors que vous avez toujours la carte. Opposition, signalement Perceval, contestation, délais et recours sont décrits pas à pas dans Fraude à la carte bancaire.
Un appel de votre « banque » vous a fait dicter un code, valider une notification ou remettre votre carte. La marche à suivre et les arguments face à un refus de remboursement sont dans Faux conseiller bancaire.
Vous avez payé une facture, un loyer ou un acompte sur un RIB qui n'était pas celui de votre créancier. Les contrôles avant paiement, la demande de retour de fonds et la plainte en ligne sont dans Fraude au faux RIB.
Si la fraude a commencé par un message, le dossier Phishing par email et SMS décrit ces premiers contacts. Si elle a commencé par un appel qui ne se réclamait pas de votre banque, voyez les arnaques téléphoniques.
Les délais, réunis
- Sans tarder : informer la banque pour bloquer l'instrument de paiement, dès que vous avez connaissance de l'utilisation non autorisée (article L133-17).
- 13 mois après la date de débit : limite pour signaler une opération non autorisée ou mal exécutée, sous peine de forclusion (article L133-24).
- 70 jours : limite applicable lorsque le paiement ou le compte du bénéficiaire se situe hors de l'Espace économique européen, d'après Service-Public.fr et la Banque de France.
- Fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement : échéance à laquelle la banque doit avoir remboursé une opération non autorisée.
- 15 jours ouvrables : délai de réponse de la banque à une réclamation portant sur un service de paiement, 35 au maximum dans des cas exceptionnels (ABE Info Service).
- 1 an après votre réclamation écrite : limite pour saisir le médiateur de la banque, qui dispose ensuite de 90 jours pour proposer une solution (Service-Public.fr).
Les services à connaître
- Opposition carte : le numéro de votre banque (sur son site et ses distributeurs) ou le serveur interbancaire au 0 892 705 705, numéro surtaxé ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 (Cybermalveillance.gouv.fr).
- Perceval : signalement en ligne d'une fraude à la carte bancaire sur internet, par FranceConnect, traité par la gendarmerie nationale. Il suppose d'avoir fait opposition. Il ne se substitue pas au dépôt de plainte (Cybermalveillance.gouv.fr), et son récépissé se transmet à la banque lors de la demande de remboursement (Service-Public.fr).
- THESEE : plainte ou signalement en ligne pour les escroqueries sur internet, dont le piratage de messagerie et les faux sites de vente. Réservé aux particuliers majeurs.
- Info Escroqueries : 0 805 805 817, plateforme du ministère de l'Intérieur, appel gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30.
- France Victimes : 116 006, numéro d'aide aux victimes du ministère de la Justice, appel gratuit, 7 jours sur 7 de 9 h à 19 h.
- 17Cyber (17cyber.gouv.fr) : diagnostic en ligne disponible 24 heures sur 24, proposé par la police nationale, la gendarmerie nationale et Cybermalveillance.gouv.fr, avec un tchat avec un policier ou un gendarme si la gravité le justifie (présentation).
- Médiateur de la banque : chaque banque désigne le sien. Il intervient gratuitement, après une réclamation écrite restée sans réponse satisfaisante.
Ce qu'une banque ne fait jamais
La Banque de France l'écrit sans réserve : votre banque ne vous demandera jamais vos coordonnées bancaires, ni vos codes de connexion, ni vos codes à usage unique reçus par SMS ou sur votre application. ABE Info Service complète : aucune validation de votre part n'est nécessaire pour bloquer un paiement frauduleux, et vous ne devez confier votre carte à aucun tiers, coursier compris.
Le numéro qui s'affiche ne change rien à cette règle, puisqu'il peut être usurpé.
Deux protections récentes à connaître
La vérification du bénéficiaire. Depuis le 9 octobre 2025, votre banque contrôle gratuitement, avant tout virement SEPA, que le nom du bénéficiaire saisi correspond à l'IBAN, et vous alerte en cas d'écart (ABE Info Service). Une alerte de ce type avant de payer une facture doit suspendre le paiement jusqu'à vérification par téléphone auprès du créancier, à son numéro habituel comme le recommande la Banque de France : celui que vous connaissiez déjà, et non celui qui figure sur la facture ou le message reçu. Notre vérificateur d'IBAN contrôle de son côté la validité de l'IBAN et de sa clé, sans pouvoir dire à qui appartient le compte.
L'authentification des numéros de téléphone. Les opérateurs doivent authentifier le numéro de l'appelant et couper les appels non authentifiés, un mécanisme généralisé progressivement depuis octobre 2024. L'Arcep constate pourtant, dans un communiqué du 29 janvier 2026, que les signalements d'usurpation de numéro sont passés de 531 en 2023 à plus de 19 000 en 2025. La protection existe, elle ne dispense pas de raccrocher.
L'ampleur, selon la Banque de France
L'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement chiffre la fraude par manipulation, c'est-à-dire pour l'essentiel les cas où le fraudeur manipule le client au téléphone, souvent en se faisant passer pour sa banque (faux conseiller bancaire ou faux service antifraude), à 382 millions d'euros en 2024, soit 32 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement (rapport annuel 2024). Ce chiffre ne couvre pas les escroqueries dans lesquelles la victime a elle-même autorisé un paiement vers un escroc, que l'Observatoire exclut de son périmètre statistique. Le phénomène réel est donc plus large que la mesure.
Questions fréquentes
Réponses vérifiées le 18 octobre 2026 auprès des sources officielles citées sous chacune.
- Quelle est la différence entre une opération non autorisée et une opération autorisée ?
- Une opération est non autorisée quand vous n'avez pas donné votre consentement à son exécution : la banque doit alors la rembourser, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement (article L133-18 du Code monétaire et financier). Pour un virement que vous avez vous-même ordonné, par exemple à un faux vendeur ou pour un faux placement, la Banque de France rappelle que la banque exécute l'ordre selon les informations transmises et n'engage sa responsabilité qu'en cas d'erreur de saisie, d'erreur technique ou d'opération non autorisée : elle n'est pas tenue de rembourser. Si vous avez validé une opération à la demande d'un faux conseiller, contestez-la tout de même : selon l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, la banque doit analyser le dossier (origine de l'opération, authentification, échanges avec vous) et rembourser sans délai si elle n'a pas d'éléments suffisants pour établir que l'opération était autorisée ou pour démontrer une négligence grave de votre part.
- Sources : Code monétaire et financier, article L133-18 (Légifrance), version en vigueur depuis le ; Banque de France, « Foire aux questions : les incidents et litiges relatifs aux virements SEPA », page consultée le ; Banque de France, recommandations de l'Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, page publiée le .
- Combien de temps ai-je pour contester une opération frauduleuse ?
- Treize mois à compter de la date de débit, sous peine de forclusion (article L133-24 du Code monétaire et financier), qui demande aussi de signaler l'opération sans tarder. D'après Service-Public.fr et la Banque de France, le délai est de 70 jours lorsque le paiement par carte a été effectué hors de l'Espace économique européen, ou lorsque le virement a pour destination un pays situé hors de cet espace.
- Sources : Code monétaire et financier, article L133-24 (Légifrance), version en vigueur depuis le ; Service-Public.fr, « Fraude à la carte bancaire », fiche vérifiée le ; Banque de France, « Foire aux questions : les incidents et litiges relatifs aux virements SEPA », page consultée le .
- Ma banque peut-elle me demander un code par téléphone ?
- Non. La Banque de France écrit que votre banque ne vous demandera jamais vos coordonnées bancaires, vos codes de connexion ni vos codes à usage unique reçus par SMS ou dans votre application.
- Source : Banque de France, « Foire aux questions : les incidents et litiges relatifs aux virements SEPA », page consultée le .
- Que faire si la banque refuse de rembourser ?
- Adressez une réclamation écrite au service client. Pour un service de paiement (virement, prélèvement, carte), la banque doit répondre sous 15 jours ouvrables, et au plus tard sous 35 jours ouvrables dans des cas exceptionnels. Vous pouvez ensuite saisir gratuitement le médiateur de la banque, au plus tard un an après votre réclamation écrite ; il propose une solution dans un délai maximal de 90 jours. Le tribunal reste possible ensuite.
- Sources : Assurance Banque Épargne Info Service, « Assurance, banque, placements financiers : que faire en cas de mécontentement ? », page consultée le ; Service-Public.fr, « Médiateur bancaire : comment y recourir ? », fiche vérifiée le .
- À quoi servent Perceval et THESEE ?
- Perceval sert à signaler en ligne une fraude à la carte bancaire commise sur internet lorsque vous avez toujours la carte ; le récépissé se transmet à la banque lors de la demande de remboursement, indique Service-Public.fr. THESEE permet aux particuliers majeurs de porter plainte ou de faire un signalement en ligne pour des escroqueries sur internet, comme un faux site de vente ou le piratage d'une messagerie.
- Sources : Service-Public.fr, « Fraude à la carte bancaire », fiche vérifiée le ; Ministère de l'Intérieur, « La plainte en ligne pour les arnaques sur internet (THESEE) », page mise à jour le .
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