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Arnaques à l'investissement : vérifier un placement, réagir après un versement

Registres officiels, listes noires de l'AMF et de l'ACPR, numéros utiles, plainte : comment vérifier un placement et réagir après une arnaque.

Une escroquerie au placement financier consiste à vous faire miroiter des gains importants sur des placements qui se révèlent fictifs : c'est la définition qu'en donne Cybermalveillance.gouv.fr. Le support varie (crypto-actifs, Forex, livret d'épargne, parking, chambre d'Ehpad, vin, diamants), le déroulé presque jamais. Une étude BVA Xsight pour l'Autorité des marchés financiers, datée d'octobre 2024 et menée auprès de 5 001 personnes (recueil du 2 au 16 septembre 2024), estime à 3,2 % de la population adulte la part des victimes probables.

Ce guide ne prétend pas vous apprendre à « sentir » une arnaque. Il indique quels registres consulter, ce qu'ils prouvent, ce qu'ils ne prouvent pas, et dans quel ordre agir si l'argent est déjà parti.

Qui a le droit de vous proposer un placement

Toute personne ou société qui vous propose un produit financier doit justifier d'un agrément ou d'une habilitation en France, rappelle l'AMF dans sa page Vérifier une autorisation. Le registre à consulter dépend de l'interlocuteur.

  • Banque, courtier en ligne, entreprise d'investissement. Ils doivent, selon l'AMF, figurer au Registre des agents financiers et des organismes d'assurance tenu par l'ACPR. Depuis le 1er juillet 2026, les anciens registres REGAFI et REFASSU ont fusionné en un portail unique. Saisissez la raison sociale de la société qui exploite le site, relevée dans ses mentions légales : le nom du site n'est parfois qu'une marque commerciale.
  • Conseiller en investissements financiers (CIF) et autres intermédiaires. Leur immatriculation au registre de l'ORIAS est obligatoire. Pour un CIF, l'AMF demande de vérifier que la mention « INSCRIT » apparaît en face de son agrément.
  • Plateforme de crypto-actifs. L'AMF indique qu'il faut passer par un prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA), à vérifier sur sa liste blanche, qui recense aussi les prestataires autorisés dans un autre pays de l'Union européenne pour exercer en France.
  • Plateforme de financement participatif. L'AMF distingue deux cas : statut européen de PSFP, visible sur la même liste blanche, pour un investissement en titres financiers ou en prêts avec contrepartie ; immatriculation à l'ORIAS comme intermédiaire en financement participatif pour les prêts sans contrepartie.
  • Placements « atypiques » (vin, forêts, cheptel, etc.). Lorsqu'une société propose d'investir dans un bien identifiable en contrepartie de la perspective d'un rendement, l'offre doit être enregistrée auprès de l'AMF et apparaître sur la liste blanche des biens divers.
  • Démarcheur. La personne qui vous sollicite pour le compte d'un établissement doit détenir et présenter une carte de démarchage, et vous communiquer son nom, son adresse et ceux de la société pour laquelle elle agit. Vérifiez ces informations auprès de cette société.

L'AMF précise que ses listes blanches ne constituent pas une incitation à investir : les placements concernés restent très risqués.

Un nom dans un registre ne prouve pas qui vous parle

C'est le point que les escrocs exploitent le mieux. Selon l'AMF, des usurpateurs empruntent le nom de sociétés réellement inscrites, ou un nom très proche, et insistent pour que vous alliez vérifier le registre afin de prouver leur « bonne foi ». Ils recopient logos, sites et documentation commerciale ; l'AMF a aussi mis en garde, dès 2019, contre des sites usurpant jusqu'au numéro d'agrément d'acteurs autorisés.

Le phénomène est massif du côté des produits bancaires. Sur les 1 190 inscriptions faites en 2025 sur la liste noire de l'ACPR, 62 % des offres usurpaient l'identité d'un établissement ou d'un intermédiaire dûment autorisé.

Trois contrôles complètent donc la consultation du registre :

  1. comparer chaque coordonnée reçue (adresse du site, adresse e-mail, téléphone) avec celles de la société inscrite. L'écart tient souvent à une lettre, un tiret, un « .com » à la place d'un « .fr » ;
  2. rappeler le siège de la société à un numéro que vous avez cherché vous-même, pour vérifier que votre interlocuteur y travaille ;
  3. exiger une documentation écrite, par courrier ou par e-mail, jamais par messagerie privée ou réseau social.

Listes noires : comment chercher, quoi en conclure

L'AMF et l'ACPR tiennent six listes noires (crédits, livrets d'épargne, services de paiement et contrats d'assurance ; Forex ; crypto-actifs ; produits dérivés sur crypto-actifs ; options binaires ; biens divers), qui recensent aussi les usurpations d'identité de professionnels et d'autorités.

  • Pour un placement financier, utilisez le moteur de la page Listes noires et mises en garde de l'AMF : recherche par nom, filtre par catégorie, dont « Usurpation ».
  • Pour un livret, un crédit ou une assurance, la recherche se fait sur Assurance Banque Épargne Info Service, par adresse de site ou d'e-mail, par dénomination ou par catégorie.
  • En complément, l'AMF renvoie vers le service I-SCAN, qui donne accès aux listes noires de plus de 150 régulateurs dans le monde (outil en anglais), en rappelant qu'une société non autorisée dans un pays peut toutefois l'être dans un autre.

La limite est écrite noir sur blanc par les deux autorités : ces listes ne peuvent pas être exhaustives. Qu'un nom n'y figure pas ne signifie pas que la société est autorisée. La liste noire sert à écarter, jamais à valider.

Ce que les autorités ne font jamais

Beaucoup d'escroqueries se présentent sous le logo d'un régulateur. Les intéressés ont publié des démentis précis.

  • L'AMF ne contacte pas les épargnants de sa propre initiative par téléphone ou messagerie privée, ne perçoit pas de taxe auprès des particuliers, ne bloque pas de comptes et ne propose pas de service de récupération de fonds perdus dans une arnaque financière.
  • L'ACPR et la Banque de France ne « garantissent » aucun produit ni aucun placement, et aucun de leurs agents ne vous demandera un versement, des coordonnées bancaires ou des documents personnels, par e-mail comme par téléphone (ABE Info Service).
  • Le numéro qui s'affiche ne prouve rien : en janvier 2023, l'AMF a signalé des appels de faux « enquêteurs » dont le numéro affiché semblait être celui de son standard.

Ce dernier cas porte un nom, l'arnaque à la récupération (« recovery room »). Des personnes se disant avocats, agents d'une autorité ou mandatées pour vous aider recontactent les victimes d'une première fraude et réclament des honoraires ou des taxes pour restituer les fonds. L'AMF est catégorique dans son alerte : elle n'en a pas la compétence juridique, et en cas d'arnaque seule la justice est habilitée à intervenir.

Démarchage et publicité : ce que le droit interdit déjà

Une partie des sollicitations que vous recevez est illégale avant même d'être frauduleuse.

  • Appels commerciaux. Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique est interdit par principe dans tous les secteurs, sauf si l'appel porte sur un contrat en cours ou si vous avez donné votre accord au préalable. Il reste limité au lundi-vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h. Un contrat conclu à la suite d'un démarchage qui ne respecte pas ces règles n'est pas valable. La DGCCRF invite à signaler ces appels sur SignalConso.
  • Crypto-actifs. Seuls les PSCA ont le droit de vous démarcher, selon l'AMF.
  • Publicité en ligne pour les contrats les plus risqués. L'article L533-12-7 du Code monétaire et financier interdit aux prestataires de services d'investissement d'adresser par voie électronique des communications promotionnelles à des particuliers pour certains contrats financiers, notamment lorsque le risque maximal n'est pas connu à la souscription ou que la perte peut dépasser la mise initiale.
  • Options binaires et CFD. La commercialisation des options binaires est interdite depuis le 2 juillet 2018 et celle des CFD est limitée depuis le 1er août 2018, rappelle ABE Info Service.

Une publicité pour des options binaires ou un appel non sollicité vantant un placement vous renseigne donc déjà sur le sérieux de l'émetteur.

Trois fraudes, trois guides détaillés

Chaque famille a ses registres et ses pièges propres.

L'approche passe parfois par les sentiments : l'AMF décrit des escrocs qui nouent une relation sur un site de rencontres avant d'évoquer « un placement particulièrement lucratif ». Ce mécanisme est traité dans notre dossier sur l'arnaque sentimentale. Les appels de faux conseillers relèvent, eux, des arnaques bancaires.

Après un versement : l'ordre des démarches

  1. Appelez votre banque tout de suite pour demander le retour des fonds (procédure dite de « recall »). ABE Info Service précise que le résultat n'est pas garanti, et l'AMF que la procédure est strictement conditionnée.
  2. Cessez tout contact et tout versement, y compris ceux présentés comme nécessaires pour débloquer un retrait.
  3. Rassemblez les preuves. L'AMF liste les éléments utiles : la manière dont le contact s'est fait, le nom de domaine du site, la somme totale versée, les coordonnées de vos interlocuteurs, les e-mails, ordres de virement, captures d'écran et contrats.
  4. Déposez plainte. Au commissariat ou à la gendarmerie de votre choix, qui sont tenus d'enregistrer la plainte, ou par courrier au procureur de la République. Pour une escroquerie en ligne, la fiche Escroquerie de Service-Public renvoie vers le service THESEE, qui indique si la plainte peut être déposée en ligne. Le service Plainte en ligne du ministère de l'Intérieur vise, lui, les escroqueries commises hors Internet par un auteur inconnu.
  5. Signalez le site ou la société. À l'AMF par son formulaire, ce qui peut conduire à une inscription sur liste noire, et sur le portail du ministère de l'Intérieur internet-signalement.gouv.fr. Le signalement est utile même sans perte financière.
  6. Attendez-vous à être recontacté. Toute offre de récupération de fonds qui suit une arnaque est à traiter comme une nouvelle tentative.

L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende par l'article 313-1 du Code pénal, et l'action publique se prescrit par six années révolues à compter du jour où l'infraction a été commise (article 8 du Code de procédure pénale).

Sur les chances de remboursement, l'AMF ne laisse pas d'illusion : il est très difficile de récupérer les sommes, les escrocs étant le plus souvent établis à l'étranger. Elle signale la possibilité, sous conditions de ressources et avec un plafond, de saisir la Commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) du tribunal judiciaire.

Les numéros officiels

  • AMF Épargne Info Service : 01 53 45 62 00 (prix d'un appel local). Bourse, produits financiers, crypto-actifs, placements atypiques.
  • Assurance Banque Épargne Info Service : 34 14, du lundi au vendredi de 8 h à 18 h (prix d'un appel local). Livrets, crédits, moyens de paiement, assurance. L'AMF n'est pas compétente sur ces sujets et y renvoie elle-même.
  • Info Escroqueries : 0 805 805 817, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30, appel gratuit.
  • 116 006, numéro d'aide aux victimes, appel gratuit.

Avant d'appeler, deux diagnostics rapides peuvent vous aider à formuler le problème : le questionnaire Suis-je victime d'une arnaque ? d'AMF Protect Épargne, proposé à titre indicatif, et notre test arnaque.

Questions fréquentes

Réponses vérifiées le 18 octobre 2026 auprès des sources officielles citées sous chacune.

Comment vérifier qu'une société a le droit de me proposer un placement en France ?
Cherchez sa raison sociale (pas le nom du site) dans le Registre des agents financiers et des organismes d'assurance de l'ACPR, qui réunit depuis le 1er juillet 2026 l'ancien Regafi et le Refassu, pour une banque, un courtier en ligne ou une entreprise d'investissement ; dans le registre de l'ORIAS pour un conseiller en investissements financiers ou un autre intermédiaire ; et dans la liste blanche de l'AMF pour un prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA). Rappelez ensuite la société à un numéro que vous aurez trouvé par vos propres moyens : les escrocs empruntent le nom d'acteurs réellement inscrits.
Sources : AMF, « Vérifier une autorisation », page publiée le  ; Assurance Banque Épargne Info Service, « Un portail désormais unique pour vérifier l'autorisation d'exercer en France », page publiée le  ; Assurance Banque Épargne Info Service, « Attention aux usurpations d'identité ! », page consultée le .
La société ne figure sur aucune liste noire. Puis-je lui faire confiance ?
Non. L'AMF et le site commun de la Banque de France, de l'ACPR et de l'AMF précisent que les listes noires ne peuvent pas être exhaustives, car de nouveaux acteurs apparaissent régulièrement. L'absence d'un nom ne vaut pas autorisation : il faut en plus trouver la société dans un registre ou une liste blanche.
Sources : AMF, « Listes noires et mises en garde », page consultée le  ; Assurance Banque Épargne Info Service, « Listes noires des autorités », page mise à jour le .
L'AMF peut-elle m'aider à récupérer l'argent perdu ?
Non. L'AMF rappelle qu'elle n'a pas la compétence de récupérer ou de restituer des fonds perdus par des épargnants, qu'elle ne demande jamais d'argent et qu'elle ne contacte jamais d'elle-même des victimes pour leur proposer une récupération ou une indemnisation. En cas d'arnaque, seule la justice est habilitée à intervenir. Toute personne qui vous promet une récupération au nom de l'AMF est un escroc.
Sources : AMF, « L'AMF alerte le public contre des appels d'usurpateurs prétendant aider à la récupération de fonds », page publiée le  ; AMF, « Victime d'une arnaque : comment déposer une plainte ? », page publiée le .
De combien de temps est-ce que je dispose pour porter plainte ?
L'escroquerie est un délit. L'article 8 du Code de procédure pénale fixe la prescription de l'action publique des délits à six années révolues à compter du jour où l'infraction a été commise. Pour une escroquerie aux faux investissements sur internet, le ministère de l'Intérieur indique que la plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie, pas sur la plateforme en ligne THESEE. N'attendez pas pour la banque : la demande de retour des fonds doit être faite immédiatement, et la Banque de France prévient qu'elle n'aboutit pas toujours.
Sources : Code de procédure pénale, article 8 (Légifrance), version en vigueur depuis le  ; Ministère de l'Intérieur, « La plainte en ligne pour les arnaques sur internet (THESEE) », page mise à jour le  ; Banque de France, « Foire aux questions : les incidents et litiges relatifs aux virements SEPA », page consultée le .

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