Fausse plateforme de trading ou de crypto : statut PSCA, retraits bloqués, recours
Statut PSCA obligatoire depuis le 1er juillet 2026, liste blanche de l'AMF, faux frais de retrait, recours réels : repérer une fausse plateforme.
Mis à jour le 1 octobre 2026 · 9 min de lecture
Une fausse plateforme de trading ressemble à une vraie : espace client, graphiques, solde qui progresse. La différence ne se voit pas à l'écran. Elle se vérifie dans des registres publics, et elle détermine tout ce qui suit, notamment ce que vous pourrez faire si l'argent ne revient pas.
D'abord, le statut de la plateforme
La règle applicable dépend de ce qui vous est proposé.
Achat, vente ou conservation de crypto-actifs. Le prestataire doit avoir le statut de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA), créé par le régime européen MiCA (« Markets in crypto-assets »). L'AMF précise que depuis le 1er juillet 2026, les sociétés qui ne disposaient que de l'ancien statut français de PSAN ne sont plus autorisées à proposer leurs services aux investisseurs. Un PSCA est agréé par l'autorité de son pays d'origine, l'AMF en France, et peut exercer dans les autres pays de l'Union s'il en fait la demande. La liste blanche de l'AMF recense ceux qui peuvent servir des clients en France, avec la date d'autorisation et les services couverts. Une banque ou un courtier en ligne peut aussi proposer ces services s'il est immatriculé au registre des agents financiers.
CFD et autres produits dérivés sur crypto-actifs. Selon l'AMF, le service doit être proposé par un prestataire de services d'investissement (PSI), ce qui se vérifie dans le Registre des agents financiers (Regafi). Depuis le 1er août 2018, l'effet de levier proposé aux particuliers sur ces CFD ne peut pas dépasser 2.
Options binaires. Leur commercialisation est interdite depuis le 2 juillet 2018, rappelle ABE Info Service. Un site qui en propose à un particulier est donc hors la loi par construction.
Consultez ensuite les listes noires de l'AMF, qui comportent des catégories « Forex », « Crypto-actifs », « Produits dérivés sur crypto-actifs », « Options binaires » et « Usurpation ». Cherchez le nom de domaine exact, puis le nom de la société. L'AMF avertit que ces listes ne sont pas exhaustives : une plateforme qui n'y figure pas n'est pas fiable pour autant. Ce qui fait foi, c'est la liste blanche des PSCA pour l'achat en direct de crypto-actifs, et le Regafi pour les produits dérivés sur crypto-actifs.
Reste le cas de l'usurpation. Le faux site reprend le nom d'un prestataire autorisé à une lettre près. Comparez caractère par caractère l'adresse du site avec celle du prestataire inscrit, et passez-la dans notre vérificateur de lien, qui relève notamment l'âge du nom de domaine et les redirections.
Le déroulé, tel que l'AMF le décrit
Selon l'AMF, les escrocs agissent souvent de la même façon. Les étapes ci-dessous reprennent, pour l'essentiel, le déroulé qu'elle décrit sur sa page consacrée aux arnaques aux crypto-monnaies.
- La prise de contact. Par e-mail, téléphone, réseau social ou messagerie privée, parfois après que vous avez laissé vos coordonnées dans un formulaire. La publicité d'origine peut s'appuyer sur un faux article de presse ou sur l'image détournée d'une personnalité, y compris par « deepfake », relève l'AMF.
- La mise en confiance. L'interlocuteur fait preuve d'une grande amabilité et s'appuie souvent sur tout un réseau de faux « professionnels du secteur ».
- Le petit versement. Cybermalveillance.gouv.fr relève qu'un premier versement de 200 ou 250 euros est souvent demandé. Les gains s'affichent vite.
- Le retrait accordé. Un premier retrait des prétendus bénéfices est accordé. C'est un investissement de l'escroc, pas une preuve.
- Les gros montants. La confiance acquise, vous versez davantage.
- Le blocage. Les interlocuteurs finissent par devenir injoignables ou trouvent différents prétextes pour ne pas réaliser de nouveaux retraits : somme « bloquée pour une durée minimale », « problème technique ». Dans certains cas, ils demandent de nouveaux paiements pour débloquer, sous forme de fausses taxes ou de faux impôts.
L'AMF donne un repère chiffré pour l'étape 3 : des rendements élevés garantis, au-delà de 2 à 3 %, cela n'existe pas. Aucune société sérieuse ne peut garantir un rendement minimum sur des crypto-actifs.
Trois variantes qui faussent les vérifications
Le détour par un prestataire autorisé. L'escroc vous fait d'abord convertir vos euros auprès d'un PSCA réellement autorisé, puis vous demande de transférer les crypto-actifs vers une plateforme de trading frauduleuse. La première étape passe tous les contrôles. C'est la destination finale qu'il faut vérifier.
La formation au trading. Des sites et des influenceurs vendent des formations qui promettent de faire de vous un trader en quelques jours. Selon l'AMF, elles peuvent servir à vous orienter vers une plateforme frauduleuse, ou fonctionner comme un système pyramidal où l'on vous pousse à recruter votre entourage. Le « copy-trading », qui consiste à reproduire les opérations d'un trader présenté comme expérimenté, est lui aussi utilisé par des plateformes frauduleuses. Ce mécanisme de recrutement est détaillé dans Ponzi et vente pyramidale.
La relation personnelle. Le « bon plan » est amené par une personne rencontrée sur une application de rencontres ou un réseau social, qui ne se montre jamais. Voir l'arnaque sentimentale en ligne.
Ce que le statut change pour vos recours
Passer par un PSCA autorisé ne supprime pas le risque de perte, mais il ouvre des droits que l'AMF détaille :
- une information claire et non trompeuse, la présentation des risques et la transparence sur les frais ;
- un délai de rétractation de 14 jours lorsque vous faites appel aux services d'un PSCA ;
- le recours gratuit au médiateur de l'AMF en cas de litige avec un PSCA autorisé en France. Pour un PSCA autorisé dans un autre pays de l'Union, le médiateur peut intervenir sur la documentation commerciale ; pour l'exécution du service, il faut suivre les conditions générales du prestataire.
Deux limites sont à connaître avant d'investir :
- le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) ne couvre pas les crypto-actifs en cas de faillite de la plateforme, même autorisée ;
- face à une plateforme illégale, le seul recours est la plainte, et l'AMF écrit que les chances de retrouver l'argent sont alors très minces. Les dossiers d'escroquerie ne relèvent pas de sa médiation.
Quand on vous demande de payer pour récupérer
Deux demandes arrivent après le blocage, parfois à plusieurs mois d'écart.
La première vient de la plateforme : une « taxe », des « frais de déblocage », un « impôt » à régler avant le retrait. L'AMF ne perçoit aucune taxe auprès des particuliers et ne bloque pas de comptes. Elle rappelle aussi qu'elle ne demande jamais d'argent à des épargnants et signale de faux courriers arborant de faux logos ou tampons : un document à son en-tête qui exige un paiement est un faux.
La seconde vient d'un tiers : un avocat, une banque ou une autorité publique, selon l'AMF. Son alerte du 12 janvier 2023 rapporte l'appel d'une personne se faisant passer pour un « enquêteur de l'AMF », suivi, selon plusieurs témoignages, de celui d'un « ingénieur » censé aider à récupérer les crypto-actifs « directement sur la Blockchain ». C'est l'arnaque à la récupération. L'AMF le rappelle : ni votre banque, ni l'AMF, ni aucune autre autorité ne vous contactera jamais d'elle-même pour vous aider à récupérer les fonds perdus. Si un avocat vous sollicite, l'AMF conseille de vérifier l'existence du cabinet auprès du Conseil national des barreaux, puis de le rappeler à des coordonnées trouvées par vous-même, des escrocs usurpant l'identité de vrais professionnels.
Les démarches et les pièces à réunir
Si le dernier virement est récent, appelez immédiatement votre banque pour demander le retour des fonds. L'AMF prévient que cette procédure est strictement conditionnée et peut ne pas s'appliquer à votre cas.
Constituez ensuite le dossier de plainte avec les éléments qu'elle recommande :
- la manière dont vous êtes entré en contact avec le site ;
- le nom de domaine du site ;
- la somme totale investie, avec les ordres de virement ;
- les noms, adresses e-mail et postales, numéros de téléphone de vos interlocuteurs ;
- les e-mails, captures d'écran et contrats reçus.
La plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République ; pour une escroquerie en ligne, la fiche Escroquerie de Service-Public renvoie vers le service THESEE. Signalez aussi le site à l'AMF au moyen de son formulaire : elle précise que le signalement peut éventuellement conduire à une inscription sur liste noire.
Pour un doute avant de verser comme pour un conseil après coup, AMF Épargne Info Service répond au 01 53 45 62 00. La séquence complète des démarches, les autres numéros officiels et le cadre légal du démarchage figurent dans le guide Arnaques à l'investissement. Si l'offre porte sur un produit d'épargne présenté comme sans risque plutôt que sur du trading, lisez Faux livret d'épargne.
FAQ
- La plateforme affiche un enregistrement PSAN. Est-ce suffisant ?
- Non. L'AMF indique que depuis le 1er juillet 2026 les professionnels doivent disposer du statut européen de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA). Les sociétés qui n'avaient que l'ancien statut français de PSAN ne sont plus autorisées à proposer leurs services. La vérification se fait dans la liste blanche des PSCA publiée par l'AMF, pas sur le site de la plateforme.
- J'ai pu retirer une petite somme au début. Est-ce un gage de sérieux ?
- Non. L'AMF décrit précisément ce procédé sur sa page consacrée aux arnaques aux crypto-monnaies : après de petits versements, un premier retrait des prétendus bénéfices est accordé pour installer la confiance, puis la victime verse des montants plus importants qu'elle ne récupère jamais.
- On me réclame une taxe ou des frais pour débloquer mon retrait. Dois-je payer ?
- Non. Sur sa page consacrée aux arnaques aux crypto-monnaies, l'AMF range les fausses taxes et les faux impôts parmi les prétextes utilisés pour obtenir de nouveaux versements. Elle rappelle par ailleurs, dans ses conseils pour éviter les arnaques, qu'elle ne perçoit pas de taxe auprès des particuliers. Cessez les versements et le contact, conservez les preuves et déposez plainte.
- Mes crypto-actifs sont-ils couverts par le fonds de garantie des dépôts ?
- Non. L'AMF précise que le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) ne couvre pas les crypto-actifs en cas de faillite d'une plateforme, même autorisée.
- Quel recours ai-je contre une plateforme non autorisée ?
- Selon l'AMF, le seul recours est la plainte auprès des autorités judiciaires, et les chances de retrouver l'argent sont très limitées car les escrocs sont le plus souvent établis à l'étranger. Le médiateur de l'AMF n'intervient que pour les prestataires autorisés.
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