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Arnaque sentimentale en ligne : arrêter les versements, alerter la banque, porter plainte

Argent envoyé à une personne connue en ligne : démarches bancaires, plainte THESEE, délai de 6 ans et pièges de la seconde arnaque.

Mis à jour le 1 octobre 2026 · 10 min de lecture

Cette page s'adresse à celles et ceux qui ont déjà envoyé de l'argent, ou qui sont sur le point de le faire, à une personne rencontrée en ligne. Elle suit l'ordre dans lequel les choses se présentent : ce que recouvre l'infraction, les démarches, ce que la banque peut réellement faire, puis les deux pièges qui guettent après coup.

Ce que les autorités appellent une escroquerie sentimentale

La définition officielle est celle de la fiche « Comment réagir en cas d'escroquerie sentimentale ? » de Cybermalveillance.gouv.fr, mise à jour le 15 septembre 2026. Une personne vous aborde sur un site de rencontre ou un réseau social, exprime au fil des échanges des sentiments amoureux ou amicaux forts, puis demande de l'argent sous des prétextes d'urgence administrative, médicale ou financière. La fiche relève trois traits constants :

  • les sommes demandées augmentent, jusqu'à ce que la victime ne puisse plus payer ;
  • tout se passe à distance (messagerie, téléphone, visio) et la rencontre physique est toujours repoussée par un nouveau prétexte ;
  • en cas de refus, l'escroc peut passer au chantage, par exemple en menaçant de diffuser des photos ou vidéos intimes. Ce cas est traité dans notre page sextorsion.

Un mode opératoire particulier consiste à pousser la victime vers de faux placements financiers. Si l'on vous a fait « investir » sur une plateforme, lisez aussi l'arnaque au trading et aux cryptomonnaies.

Un point mérite d'être souligné : la visio figure dans la liste des canaux utilisés par les escrocs. Avoir vu un visage à l'écran ne prouve donc pas que la relation est sincère. La vérification d'un profil fait l'objet d'une page à part : faux profil de rencontre.

Les démarches, dans l'ordre

1. Couper le contact et garder les preuves

Interrompez toute relation, même si la personne devient menaçante. Avant de bloquer, rassemblez ce que Service-Public liste comme preuves utiles : numéro de téléphone, captures d'écran des échanges, SMS, enregistrements de conversations téléphoniques ou en visio. Privilégiez les éléments datés, où l'heure et la date apparaissent. Ajoutez-y les justificatifs de chaque versement.

2. Prévenir la banque

Appelez votre banque puis confirmez par écrit. Si l'escroc détient un numéro de carte ou des identifiants, la banque peut faire opposition et vous pouvez contester les opérations que vous n'avez pas faites. Pour les virements que vous avez ordonnés vous-même, la situation est différente : voir la section suivante.

3. Signaler, si vous ne souhaitez pas porter plainte

Le signalement en ligne « Signaler une escroquerie aux sentiments » informe les services d'enquête. Il est ouvert aux victimes et aux témoins, précise la fiche Service-Public, à deux conditions : la relation est virtuelle (vous n'avez pas rencontré l'auteur) et une demande d'argent a été faite, sans qu'un versement soit nécessaire. Ce n'est pas une plainte, et vous ne serez pas tenu informé des suites.

4. Porter plainte

Trois voies, décrites sur la même fiche Service-Public :

  • en ligne sur THESEE, avec le service « Porter plainte pour une escroquerie aux sentiments », si les deux mêmes conditions sont réunies. S'il y a eu chantage, un service distinct existe : « Porter plainte pour une escroquerie aux sentiments avec chantage en ligne ». Une fois la plainte validée, une notice d'information arrive dans votre espace personnel, et vous êtes prévenu en cas d'identification et d'interpellation de l'auteur ;
  • sur place, dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix, qui sont obligés d'enregistrer votre plainte. Si vous avez rencontré la personne, la plainte en ligne n'est pas ouverte : vous pouvez passer par cette voie ou par le courrier au procureur. Vous recevez un récépissé, et une copie de la plainte si vous la demandez ;
  • par courrier au procureur de la République, avec le modèle de lettre officiel. Selon la fiche Service-Public, le courrier doit préciser votre état civil et vos coordonnées complètes (adresse et numéro de téléphone), le récit détaillé des faits, la date et le lieu de l'infraction, le nom de l'auteur supposé s'il est connu, le nom et l'adresse des éventuels témoins, la description et l'estimation provisoire ou définitive du préjudice, et vos documents de preuve.

Vous ne connaissez pas la véritable identité de l'auteur : la plainte est alors déposée contre X. Le délai est de 6 ans, à compter des faits si aucun argent n'a été remis, ou de la dernière remise s'il y a eu des versements. Un avocat peut vous assister, et l'aide juridictionnelle existe si vos ressources sont insuffisantes.

Si l'auteur est poursuivi, vous pouvez vous constituer partie civile pour demander des dommages et intérêts, qui peuvent couvrir les sommes perdues et le préjudice moral, précise la fiche « Escroquerie » de Service-Public.

Ce que la banque peut faire, et ce qu'elle ne peut pas

Il vaut mieux le savoir avant d'appeler : la protection légale la plus forte ne couvre pas les virements auxquels on a consenti, que la loi tient pour des opérations autorisées (articles L133-6 et L133-7 du Code monétaire et financier).

  • Opérations que vous n'avez pas autorisées (carte utilisée à votre insu, virement que vous n'avez pas ordonné). La banque doit rembourser immédiatement, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant, selon l'article L133-18 du Code monétaire et financier. Vous disposez de 13 mois après le débit pour signaler un virement non autorisé vers un compte situé dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et de 70 jours en dehors, indique Service-Public.
  • Virements que vous avez ordonnés. Le même code considère qu'une opération est autorisée dès lors que le payeur a donné son consentement (articles L133-6 à L133-8), et qu'un ordre de paiement ne peut en principe plus être révoqué une fois reçu par la banque, sauf accord de celle-ci. Une exception compte ici : un virement dont l'exécution a été convenue pour une date ultérieure peut encore être révoqué jusqu'à la fin du jour ouvrable précédant le jour convenu. Le remboursement n'est donc pas un droit automatique : lorsque la banque a suffisamment d'éléments de preuve pour considérer que l'opération a été autorisée, elle peut refuser de rembourser, indiquent des recommandations publiées sur le site de la Banque de France. Avec un virement instantané, les fonds sont disponibles immédiatement sur le compte du bénéficiaire.

Cela ne dispense pas de prévenir la banque au plus vite : dans sa fiche sur l'escroquerie au placement financier, Cybermalveillance.gouv.fr conseille, si vous avez récemment transmis des fonds, de faire opposition au virement au plus vite auprès de votre banque pour tenter de bloquer l'opération et de les récupérer. Faites votre demande par écrit et gardez-en copie. En cas de désaccord, le médiateur bancaire peut être saisi après une réclamation écrite dont la réponse ne vous satisfait pas, ou restée sans réponse pendant 2 mois (15 jours pour un différend relatif à un service de paiement).

Si l'on vous demande de recevoir de l'argent et de le renvoyer

La demande peut sembler anodine : faire transiter une somme par votre compte bancaire, puis la transférer ailleurs. Europol nomme ce rôle : la mule financière, soit une personne qui transfère à une autre personne de l'argent reçu d'un tiers, en échange d'une commission, et précise dans son dépliant en français que « c'est du blanchiment d'argent, c'est illégal ». L'agence cite les arnaques sentimentales parmi les activités dont l'argent circule ainsi.

En droit français, apporter son concours à une opération de dissimulation ou de conversion du produit d'un délit constitue un blanchiment, puni de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende par l'article 324-1 du Code pénal. Le dépliant diffusé par Europol mentionne aussi la fermeture du compte bancaire parmi les conséquences possibles.

La conduite à tenir, selon Europol : cesser immédiatement tout transfert, informer sa banque et signaler les faits à la police. N'ouvrez jamais un compte à la demande d'une personne que vous venez de rencontrer, et ne confiez ni votre carte ni vos codes.

Après l'arnaque, la seconde vague

Dans sa fiche sur l'escroquerie au placement financier, Cybermalveillance.gouv.fr écrit qu'il est très fréquent que les victimes soient recontactées, dans les semaines ou les mois qui suivent, par d'autres escrocs qui prétendent les aider à retrouver leurs fonds ou les avoir retrouvés, et que de nombreux sites proposent de faux services de récupération. La consigne est de ne pas donner suite.

Le dispositif a lui-même été imité : une alerte publiée en décembre 2024 décrit des messages et des appels de faux agents de Cybermalveillance.gouv.fr proposant à d'anciennes victimes d'escroquerie de les indemniser, en échange d'informations personnelles et de formulaires à signer.

L'indemnisation passe par la procédure pénale et la constitution de partie civile, pas par un inconnu qui vous contacte.

Vous vous inquiétez pour un proche

Vous n'avez pas besoin d'attendre que la personne concernée soit prête à agir. Trois appuis existent.

  • Demander conseil, en tant que témoin, au 116 006 (aide aux victimes, 7 jours sur 7 de 9 h à 20 h, gratuit et confidentiel) ou à Info Escroqueries au 0 805 805 817 (gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30). Ce sont les deux contacts que Cybermalveillance.gouv.fr indique aux témoins.
  • Faire soi-même un signalement sur THESEE : il est ouvert aux témoins, indique Service-Public, dans les conditions décrites plus haut.
  • Proposer de passer la situation au crible ensemble avec notre test arnaque, qui a l'avantage de poser les questions à votre place.

Lorsque la victime est une personne dont la vulnérabilité (âge, maladie, déficience) est apparente ou connue de l'auteur, une autre infraction peut s'ajouter : l'abus de faiblesse, puni de 3 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende par l'article 223-15-2 du Code pénal. Le même article porte ces peines à 5 ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende lorsque l'infraction est commise par l'utilisation d'un service de communication au public en ligne ou par le biais d'un support numérique ou électronique, et à 7 ans d'emprisonnement et à 1 000 000 d'euros d'amende en bande organisée.

Les peines encourues par l'auteur

L'escroquerie est punie de 5 ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende (article 313-1 du Code pénal). Les peines maximales passent à 7 ans et 750 000 euros lorsque la victime est vulnérable, et à 10 ans et 1 000 000 d'euros en bande organisée (articles 313-1 à 313-3). Le détail des autres qualifications (chantage, diffusion d'images, usurpation d'identité) figure dans notre dossier arnaque sentimentale.

FAQ

Ma banque doit-elle me rembourser les virements que j'ai faits moi-même ?
L'article L133-18 du Code monétaire et financier impose le remboursement immédiat des opérations non autorisées. Un virement que vous avez validé est une opération autorisée au sens de l'article L133-6, et un ordre reçu par la banque ne peut en principe plus être révoqué (article L133-8). Prévenez tout de même votre banque sans attendre, par écrit, et saisissez son médiateur en cas de désaccord.
Peut-on porter plainte en ligne pour une arnaque sentimentale ?
Oui, sur THESEE depuis Service-Public, si la relation est restée virtuelle et si une demande d'argent a été faite, même sans versement. Si vous avez rencontré la personne, la plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République.
Combien de temps ai-je pour porter plainte ?
Service-Public indique un délai de 6 ans, à compter des faits si aucun argent n'a été remis, ou à compter de la dernière remise en cas de versements.
La personne me demande de recevoir de l'argent sur mon compte et de le renvoyer. Est-ce risqué ?
Oui. Europol décrit ce rôle comme celui d'une mule financière : c'est une forme de blanchiment, puni en France de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende par l'article 324-1 du Code pénal. Cessez tout transfert, prévenez votre banque et signalez les faits à la police.
On me propose de récupérer l'argent perdu contre des frais, est-ce fiable ?
Non. Cybermalveillance.gouv.fr avertit que les victimes sont très fréquemment recontactées par d'autres escrocs qui se présentent comme des services de récupération de fonds, et recommande de ne pas donner suite.

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