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Sextorsion : que faire tout de suite, qui appeler, où porter plainte

Chantage aux images intimes : gestes immédiats, 3018, plainte en ligne THESEE, retrait des images et peines prévues par le Code pénal.

Mis à jour le 1 octobre 2026 · 9 min de lecture

Quelqu'un menace de diffuser des images intimes de vous si vous ne payez pas, ou si vous n'en envoyez pas d'autres. Les gestes utiles tiennent en quelques lignes et ils sont les mêmes que vous ayez 15 ou 60 ans. Le reste de la page (la loi, les recours, les explications) peut attendre que ces gestes soient faits.

Les gestes à faire maintenant

Ces consignes sont celles de la fiche « Que faire en cas de sextorsion ? » de Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'assistance aux victimes.

  1. Ne répondez plus. Dès que le chantage est formulé, cessez de répondre, aussi menaçants que soient les messages. Toute réponse montre votre inquiétude et fait monter la pression.
  2. Ne payez pas. Les auteurs ne se contentent généralement pas d'un seul paiement et rien ne garantit la fin du chantage.
  3. N'envoyez aucune autre image. Chaque nouveau contenu sert à exiger davantage.
  4. Conservez les preuves. La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr cite les captures d'écran et les messages. Service-Public y ajoute le numéro de téléphone ou le profil de l'auteur et précise qu'il faut, autant que possible, des preuves datées : une capture où l'on voit la date et l'heure vaut mieux qu'une capture rognée.
  5. Bloquez le compte et verrouillez les vôtres. Passez vos profils en accès restreint à vos seuls contacts, pour que l'auteur ne puisse plus voir votre liste d'amis, votre famille ou vos collègues.
  6. Prévenez discrètement les personnes qu'il pourrait contacter. Dites-leur que vous êtes victime d'une escroquerie en ligne et qu'elles ne doivent ni ouvrir, ni partager, ni répondre à un message venant d'un inconnu.

Si vous vous sentez en danger immédiat, composez le 17 ou le 112 : ce sont les numéros prévus pour une intervention d'urgence.

À qui parler, gratuitement

Ces trois services sont gratuits.

  • 3018, par téléphone ou par tchat sur l'application 3018, 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h. L'écoute est gratuite, anonyme et confidentielle. Le 3018 est d'abord le numéro des jeunes victimes de harcèlement et de violences numériques, mais Cybermalveillance.gouv.fr l'indique à toute personne confrontée à une sextorsion. L'association e-Enfance, qui opère le 3018, précise qu'il est signaleur de confiance désigné par l'Arcom et qu'il peut transmettre des signalements aux plateformes pour obtenir le retrait rapide de comptes ou de contenus.
  • 116 006, le numéro d'aide aux victimes. Le site du ministère de la Justice indique un service gratuit et confidentiel, ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 20 h, qui met en relation avec l'association d'aide aux victimes la plus proche de chez vous. D'après la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr, une association de France Victimes, joignable à ce même numéro, peut vous accompagner gratuitement dans le dépôt de plainte.
  • Info Escroqueries, la plateforme du ministère de l'Intérieur, au 0 805 805 817 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30, pour être conseillé sur les démarches.

Vous êtes mineur, ou il s'agit de votre enfant

Le premier appel à passer est le 3018. La règle posée par e-Enfance est sans ambiguïté : même quand la victime a envoyé elle-même une photo ou une vidéo intime, elle n'est jamais responsable du chantage qu'elle subit.

Pour un parent, l'association recommande d'écouter sans minimiser ni juger, de rappeler à l'enfant qu'il n'est pas responsable, d'évaluer son niveau de détresse et d'éviter de négocier directement avec l'auteur.

Côté démarches, deux points pratiques relevés sur la fiche Service-Public :

  • un mineur ne peut pas porter plainte sur la plateforme en ligne THESEE, il peut seulement y faire un signalement ;
  • il peut en revanche signaler les faits au commissariat, à la gendarmerie ou par écrit au procureur, seul ou accompagné d'un parent, d'un adulte de son choix ou d'une association d'aide aux victimes. Pour demander une indemnisation, ce sont ses représentants légaux qui se constituent partie civile.

Les images à caractère sexuel d'un mineur relèvent de règles spécifiques. L'association Point de Contact reçoit les signalements de contenus d'exploitation sexuelle de mineurs et fait le lien avec les hébergeurs et les autorités pour en obtenir le retrait.

Deux situations sous le même mot

Un échange a vraiment eu lieu. C'est la sextorsion au sens propre : le contact naît sur un site de rencontre, un réseau social ou une messagerie, glisse vers des échanges intimes, puis l'auteur annonce qu'il a tout enregistré. Cybermalveillance.gouv.fr décrit aussi deux variantes sans échange préalable : des contenus récupérés dans un compte piraté, ou un montage plaçant votre visage sur des images à caractère sexuel. Dans tous ces cas, les gestes ci-dessus s'appliquent. Si un compte a été piraté, sécurisez-le en suivant notre page compte piraté : que faire.

Vous avez reçu un courriel d'un inconnu qui dit avoir piraté votre webcam. C'est une autre escroquerie, que Cybermalveillance.gouv.fr traite dans une fiche distincte : le chantage à la webcam prétendue piratée. Le message affirme détenir des vidéos prises pendant la consultation d'un site pornographique et réclame une rançon, souvent en cryptomonnaie. Pour paraître crédible, il affiche parfois votre propre adresse comme expéditeur ou l'un de vos mots de passe, récupéré dans une fuite de données. La fiche indique qu'aucune mise à exécution de ces menaces n'a été démontrée jusqu'à présent. Les consignes : ne pas répondre, ne pas payer, garder le message, et changer le mot de passe affiché partout où vous l'utilisez. La page fuite de données : que faire détaille la suite.

Quand le chantage vient au terme d'une relation en ligne où l'on vous a aussi demandé de l'argent pour d'autres motifs, il s'agit d'une arnaque sentimentale qui a changé de ton. Les démarches bancaires sont décrites dans l'arnaque sentimentale en ligne.

Si vous avez déjà payé

Cela arrive, et cela ne vous retire aucun droit. Contactez votre banque immédiatement : c'est la consigne d'e-Enfance, et Cybermalveillance.gouv.fr, dans sa fiche sur le chantage à la webcam prétendue piratée, parle d'« essayer de faire annuler la transaction ». Le verbe est juste, car il n'y a pas de garantie. L'article L133-8 du Code monétaire et financier pose en principe qu'un ordre de paiement ne peut plus être révoqué une fois reçu par la banque, sauf accord de celle-ci. Appelez donc sans attendre, en sachant que le remboursement n'est pas acquis.

Ne payez pas une seconde fois, même si l'auteur promet de tout effacer ensuite. Gardez la trace du paiement (relevé, référence, coordonnées du bénéficiaire) : elle fait partie des preuves.

Si les images ont été publiées

  1. Signalez le contenu à la plateforme. Les hébergeurs doivent proposer un mécanisme de signalement facilement accessible et, une fois le caractère illicite vérifié, retirer le contenu ou en bloquer l'accès, rappelle Service-Public. La fiche Cybermalveillance citée plus haut donne les liens de signalement des principaux réseaux sociaux.
  2. Appelez le 3018, qui peut intervenir auprès des plateformes.
  3. Sans réponse satisfaisante sous un mois, saisissez la CNIL. La CNIL explique la marche à suivre sur sa page « Demander le retrait de votre image en ligne » : écrire au site en mentionnant les adresses concernées, puis, faute de réponse, utiliser le formulaire de plainte en joignant la copie de vos démarches.
  4. Demandez le déréférencement des résultats qui apparaissent quand on tape votre nom dans un moteur de recherche. Le moteur dispose d'un mois pour répondre, délai qui peut être porté à trois mois, indique la CNIL. Attention : le déréférencement n'efface pas le contenu sur le site d'origine, d'où l'importance des étapes précédentes.

La plateforme PHAROS n'est pas le bon canal pour une menace reçue en messagerie privée. D'après la même fiche Service-Public, elle traite des contenus publics, accessibles à tous les internautes, et ne gère pas les cas urgents.

Signaler ou porter plainte

Les deux démarches existent en ligne sur THESEE (traitement harmonisé des enquêtes et signalements pour les e-escroqueries), accessible depuis Service-Public. Les conditions ci-dessous sont celles de la fiche « Arnaque aux sentiments : escroquerie, chantage, sextorsion », vérifiée le 18 mars 2025.

Le signalement informe les enquêteurs sans faire de vous un plaignant. Il est ouvert aux victimes comme aux témoins, et aux mineurs. Trois conditions : la relation est restée virtuelle, il y a eu chantage, et une demande d'argent a été faite (un versement n'est pas nécessaire). Vous ne serez pas tenu informé des suites. Le service s'appelle « Signaler un chantage en ligne ».

La plainte déclenche une procédure dont vous êtes partie. En ligne, elle suppose que la relation soit restée virtuelle et qu'une demande d'argent ait été faite : c'est le service « Porter plainte pour chantage en ligne ». Une fois la plainte validée, vous recevez une notice d'information dans votre espace personnel, et vous êtes prévenu si l'auteur est identifié et interpellé.

Si l'auteur réclame d'autres images et non de l'argent, ou si vous l'avez rencontré, la plainte se dépose dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix, qui ont l'obligation de l'enregistrer, ou par courrier au procureur de la République. Vous pouvez porter plainte contre X. Le délai est de 6 ans à compter du dernier acte de chantage.

Ce que prévoit le Code pénal

Ce que vous subissez n'est pas une mésaventure privée, c'est un délit. Selon les faits, plusieurs textes s'appliquent.

  • Chantage, article 312-10 : 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. La peine passe à 7 ans et 100 000 euros lorsque le chantage est exercé par un service de communication en ligne au moyen d'images ou de vidéos à caractère sexuel, ou pour en obtenir. Elle est la même lorsque l'auteur a mis sa menace à exécution (article 312-11).
  • Diffusion d'images à caractère sexuel sans l'accord de la personne, article 226-2-1 : 2 ans d'emprisonnement et 60 000 euros d'amende, y compris lorsque l'image avait été obtenue avec le consentement de la personne ou envoyée par elle.
  • Extorsion, article 312-1 : 7 ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. C'est la qualification que Cybermalveillance.gouv.fr retient à titre principal pour les courriels de faux pirates.

La qualification retenue appartient aux enquêteurs et au procureur. Vous n'avez pas à la choisir pour porter plainte : il suffit de décrire les faits et de remettre vos preuves.

FAQ

Faut-il payer pour éviter la diffusion des images ?
Non. Cybermalveillance.gouv.fr recommande de ne pas payer : les auteurs ne se contentent généralement pas d'un seul paiement et rien ne garantit la fin du chantage. Coupez le contact, conservez les preuves et faites-vous aider (3018, plainte).
Peut-on porter plainte en ligne pour une sextorsion ?
Oui, sur la plateforme THESEE accessible depuis Service-Public, à deux conditions : la relation est restée virtuelle et une demande d'argent a été faite, même sans versement. Sinon, la plainte se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur. Un mineur ne peut pas porter plainte sur THESEE, il peut seulement y faire un signalement.
Combien de temps a-t-on pour porter plainte ?
Selon Service-Public, le délai est de 6 ans à compter de la dernière fois où l'auteur vous a fait du chantage. Vous pouvez porter plainte contre X si vous ne connaissez pas son identité.
Que risque l'auteur d'une sextorsion ?
L'article 312-10 du Code pénal punit le chantage de 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, portés à 7 ans et 100 000 euros lorsqu'il est exercé en ligne au moyen d'images ou de vidéos à caractère sexuel, ou pour en obtenir. La diffusion d'images sexuelles sans accord est punie de 2 ans et 60 000 euros (article 226-2-1).
Les images ont été publiées, comment les faire retirer ?
Signalez le contenu à la plateforme, qui doit retirer ou bloquer un contenu illicite. Le 3018 peut intervenir auprès des plateformes pour accélérer le retrait. Sans réponse du site sous un mois, vous pouvez adresser une plainte à la CNIL, et demander aux moteurs de recherche le déréférencement des résultats associés à votre nom.

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