Faux portail administratif : site marchand ou hameçonnage, les deux cas à distinguer
Sites qui facturent une démarche gratuite, copies d'Ameli ou de l'ANTAI : lire une adresse officielle, savoir ce qui est gratuit et où signaler.
Mis à jour le 29 octobre 2026 · 8 min de lecture
Sous l'expression « faux site administratif » se cachent deux situations qui n'ont ni le même auteur, ni les mêmes conséquences, ni les mêmes recours. Dans la première, un site commercial vous fait payer une démarche que l'administration propose gratuitement. Dans la seconde, une page copie un portail public pour récupérer vos identifiants ou votre carte bancaire. Savoir dans laquelle vous vous trouvez détermine tout le reste.
Premier cas : le site qui facture une démarche gratuite
Vous cherchez « acte de naissance » ou « casier judiciaire » dans un moteur de recherche, vous cliquez sur l'un des premiers résultats, vous remplissez un formulaire et vous payez, pour une démarche que le site officiel aurait traitée sans frais.
SignalConso, le service de signalement de la DGCCRF, explique le mécanisme : des sites marchands spécialisés dans les documents administratifs achètent des mots-clés qui les placent en tête des résultats, tandis que les sites officiels ne sont pas toujours bien référencés. Il donne deux repères immédiats. Le référencement payant est toujours signalé par le mot « annonce ». Et avant tout paiement, il faut vérifier la nature exacte de la prestation : coût du document, ou piège à l'abonnement.
Ce que disent les fiches officielles sur le prix des démarches les plus souvent visées :
| Démarche | Ce qu'indique la fiche officielle |
|---|---|
| Acte de naissance (copie intégrale ou extrait) | Gratuit dans tous les cas ; il n'y a pas lieu de faire la demande sur un site qui réclame une contrepartie financière |
| Extrait de casier judiciaire (bulletin n° 3) | Gratuit, quelle que soit la procédure |
| Carte Vitale | Création et envoi gratuits, sans frais de livraison |
| Certificat d'immatriculation (carte grise) | Pour un véhicule d'occasion, la demande se fait de trois façons : sur le site de l'ANTS, avec l'application pour smartphone Simplimmat.gouv (réservée aux véhicules immatriculés au nouveau format AA-123-AA et à certains types de véhicules) ou chez un professionnel de l'automobile habilité ; le coût du certificat se règle par carte bancaire sur le site de l'ANTS |
Ces sites sont souvent exploités depuis un autre pays. Le Centre Européen des Consommateurs France rappelle, dans sa fiche sur les faux sites administratifs mise à jour le 28 mai 2026, qu'un professionnel même étranger peut facturer une démarche gratuite s'il affiche clairement ses tarifs, vous informe de l'absence de droit de rétractation et vous fait envoyer le document directement. Si la société est établie dans un autre pays de l'Union, en Islande ou en Norvège et que vous n'avez rien reçu, le CEC France peut intervenir ; sinon, reste la demande de rétrofacturation à votre banque. Le même procédé vise les démarches européennes : autorisations de voyage ETIAS et ETA, vignettes autoroutières de Suisse ou d'Autriche (voir nos pages ETIAS et ETA et vignettes).
Pour toute autre démarche, la consigne de SignalConso est de consulter d'abord le portail de l'administration, qui recense le site officiel et le coût éventuel, puis de lire les mentions légales du site sur lequel vous vous trouvez (qui l'exploite, depuis quel pays) et ses conditions générales de vente, qui constituent le contrat entre le professionnel et vous.
Second cas : la copie d'un portail public
Ici, il n'y a plus de prestation du tout. Cybermalveillance.gouv.fr décrit des courriels, SMS ou appels qui se font passer pour les Impôts, l'Assurance Maladie, la CAF ou l'ANTAI, et qui, en général, prétextent une mise à jour à effectuer, un paiement à régler ou un remboursement à obtenir, en demandant d'agir rapidement. Un courriel d'hameçonnage cherche généralement à faire cliquer sur un lien, qui amène sur une page frauduleuse ressemblant beaucoup au site officiel, où l'on vous demande des données personnelles (mot de passe, par exemple) et bancaires. La règle posée par le dispositif national est nette : aucune administration ne vous contactera pour vous demander vos informations personnelles et bancaires, des copies de documents d'identité ou vos mots de passe.
Deux organismes publient des critères précis pour distinguer leurs vrais messages des faux.
L'Assurance Maladie. Selon sa page de prévention, elle ne vous demandera jamais vos identifiants de connexion au compte ameli, vos coordonnées bancaires complètes ou votre numéro de carte bancaire. Ses SMS proviennent d'un seul numéro, le 38 663, et commencent par « ASSURANCE MALADIE ». Ses courriels viennent d'adresses qui se terminent par @app.assurance-maladie.fr, @assurance-maladie.fr, @info.ameli.fr ou @ameli.fr. Un QR code figurant sur un courrier ne sert jamais à réaliser une transaction ou une démarche. Enfin, vous ne recevez pas de courriel de sa part si vous n'avez pas ouvert de compte ameli.
L'ANTAI, pour les amendes. L'agence indique qu'elle n'envoie jamais de SMS et que ses courriels proviennent de l'adresse [email protected]. Elle donne la liste des seuls sites légitimes : amendes.gouv.fr pour le paiement des amendes, stationnement.gouv.fr pour le stationnement, antai.gouv.fr pour consulter ou contester. Elle signale aussi l'existence de faux courriers papier (avis de contravention, lettres de rappel) qui renvoient vers des sites frauduleux. L'article sur les faux SMS d'impôts et d'amende détaille ce scénario.
Le cas FranceConnect. FranceConnect permet de se connecter à un service public avec l'identifiant et le mot de passe d'un compte que vous possédez déjà (impots.gouv.fr, Ameli ou France Identité, par exemple), comme l'explique la page de Cybermalveillance.gouv.fr citée plus haut. Une fausse page FranceConnect ne vole donc pas un « compte FranceConnect » : elle capte les identifiants de ce compte d'origine, et c'est son mot de passe qu'il faudra changer.
Lire une adresse, de droite à gauche
La règle officielle, formulée par SignalConso, est la suivante : les sites de l'administration française se terminent par « gouv.fr » ou par « .fr » (les sites de mairies, par exemple), jamais par « gouv.org », « gouv.com » ou « -gouv ». Autre exemple, qui ne vient pas de la page de SignalConso : ameli.fr, le site de l'Assurance Maladie en ligne, a une adresse en « .fr » simple.
Trois précautions complètent cette règle.
- La terminaison se lit à la fin du nom de domaine, juste avant la première barre oblique qui suit le nom du site. Un mot officiel placé au début ou au milieu de l'adresse ne prouve rien : SignalConso met précisément en garde contre les adresses qui utilisent des mots-clés pseudo-officiels.
- Un seul caractère peut différer. La fiche hameçonnage de Cybermalveillance.gouv.fr rappelle que si l'adresse affichée ne correspond pas exactement à celle du site concerné, il s'agit très certainement d'un site frauduleux.
- La règle écarte, elle ne valide pas. Elle dit ce qu'une adresse d'administration doit être ; elle ne dit pas que toute adresse en « .fr » est celle d'une administration. Les couleurs bleu, blanc, rouge et la Marianne ne sont pas davantage une preuve.
Pour savoir où mène un lien reçu par message sans l'ouvrir, vous pouvez le coller dans le vérificateur d'URL, qui déplie les redirections qu'il parvient à suivre. Un résultat sans alerte ne garantit rien : au moindre doute, n'ouvrez pas le lien. Pour une démarche, le plus sûr reste de partir de service-public.gouv.fr et de suivre le lien que la fiche indique.
Ce qu'il faut faire, selon ce que vous avez donné
Vous avez payé un site marchand pour une démarche gratuite. Si vous avez payé par carte bancaire, vous pouvez contacter votre banque pour contester la transaction, comme l'indique SignalConso. Relisez aussi les conditions générales de vente pour vérifier si un abonnement a été souscrit, puis signalez le site sur SignalConso, qui propose un parcours consacré aux démarches administratives. Refaites ensuite la démarche sur le site officiel.
Vous avez saisi une carte bancaire ou un RIB sur une page imitée. La fiche hameçonnage de Cybermalveillance.gouv.fr demande de faire opposition immédiatement auprès de votre banque. Si des débits frauduleux apparaissent ou si vos informations servent à usurper votre identité, déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou par écrit auprès du procureur de la République. L'article sur la fraude à la carte bancaire décrit la suite côté banque.
Vous avez saisi des identifiants. Changez le mot de passe du compte concerné et de tous ceux où vous l'utilisez. Pour un compte ameli, l'Assurance Maladie demande d'appeler votre CPAM au 3646 afin de clôturer temporairement le compte et de le réactiver avec un nouveau mot de passe. Pour un compte de formation, la procédure est décrite dans l'article sur l'arnaque au CPF.
Dans tous les cas, signalez le message et le site. Conservez d'abord le message reçu. Un courriel se signale à Signal Spam, un SMS se transfère au 33700 (service gratuit), et l'adresse d'un site d'hameçonnage se signale à Phishing Initiative, qui la bloque : ce sont les trois circuits indiqués par Cybermalveillance.gouv.fr. En outre, l'ANTAI renvoie vers le portail internet-signalement.gouv.fr pour un site frauduleux, et l'Assurance Maladie vers ce même portail (plateforme Pharos) pour un courriel frauduleux.
Si vos données personnelles sont désormais entre les mains de tiers, l'article fuite de données, que faire passe en revue les précautions à prendre ensuite. Le guide fraude aux aides donne, dispositif par dispositif, l'accès officiel à utiliser.
FAQ
- Comment savoir si un site administratif est officiel ?
- SignalConso, le service de la DGCCRF, indique que les sites officiels de l'administration française se terminent par gouv.fr ou par .fr (par exemple les sites des mairies), jamais par gouv.org, gouv.com ou -gouv. Il recommande de passer d'abord par le portail de l'administration, qui recense le site officiel et le coût éventuel de chaque démarche, et de se méfier des premiers résultats de recherche marqués du mot annonce.
- Un acte de naissance ou un extrait de casier judiciaire sont-ils payants ?
- Non. Service Public indique que la demande d'acte de naissance est gratuite dans tous les cas et qu'il n'y a pas lieu de passer par un site qui demande une contrepartie financière. Le bulletin n° 3 du casier judiciaire s'obtient lui aussi gratuitement.
- L'Assurance Maladie peut-elle me demander mes coordonnées bancaires par message ?
- Non. L'Assurance Maladie indique qu'elle ne demande jamais les identifiants de connexion au compte ameli, les coordonnées bancaires complètes ou le numéro de carte bancaire. Ses SMS proviennent d'un seul numéro, le 38 663, et commencent par ASSURANCE MALADIE. La création et l'envoi d'une carte Vitale sont gratuits, sans frais de livraison.
- J'ai donné mes identifiants ameli sur un faux site, que faire ?
- L'Assurance Maladie demande d'appeler la CPAM au 3646 pour clôturer temporairement le compte et le réactiver avec un nouveau mot de passe. Si des coordonnées bancaires ont aussi été saisies, il faut prévenir immédiatement la banque pour faire opposition.
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