Protection d'identité : vos droits d'abord, les services payants ensuite
En France, effacer ses données et vérifier une usurpation se fait gratuitement. Ce qu'un service de suppression comme Incogni ajoute, ses limites, et pourquoi Aura est écarté.
Liens partenaires : nous pouvons percevoir une commission, sans surcoût pour vous.
Certains services de « protection d'identité » sont conçus pour l'Amérique du Nord et ne s'adressent pas aux résidents français (voir le cas d'Aura plus bas). En France, le RGPD donne à chacun des droits qu'il peut exercer seul et sans frais, sauf demande manifestement infondée ou excessive (article 12 du RGPD), et les vérifications utiles passent par des organismes publics. Ce guide part donc de ce qui est gratuit, puis examine ce qu'un abonnement apporte réellement.
Ce que la loi vous permet de faire sans payer
Faire effacer des données. La CNIL explique que vous pouvez demander à un organisme l'effacement de vos données dans plusieurs cas, par exemple lorsqu'elles ne sont plus nécessaires ou qu'elles font l'objet d'un traitement illicite. L'organisme doit répondre dans les meilleurs délais et au plus tard sous un mois, délai qui peut être porté à trois mois pour une demande complexe ; à défaut, vous pouvez saisir la CNIL (le droit à l'effacement).
Vous opposer à la prospection. Le droit d'opposition s'exerce sans justification lorsqu'il s'agit de prospection commerciale, et l'organisme doit alors retirer votre adresse de sa base dans les meilleurs délais (le droit d'opposition).
Dans les deux cas, la CNIL insiste sur un point pratique : gardez une copie de votre demande (capture d'écran, accusé de réception), indispensable si vous devez la saisir ensuite.
Réduire ce qui circule. La fiche de Cybermalveillance.gouv.fr sur l'usurpation d'identité (mise à jour le 23 septembre 2026) recommande notamment de :
- ne donner que le minimum d'informations lors d'une inscription ;
- marquer les copies de pièces d'identité que vous transmettez (motif, date, destinataire), au besoin avec le service
filigrane.beta.gouv.fr; - régler la confidentialité de vos comptes de réseaux sociaux ;
- détruire les documents papier contenant des informations personnelles ;
- utiliser des mots de passe différents et activer la double authentification.
Sa fiche sur les fuites de données ajoute de supprimer les comptes que vous n'utilisez plus et de ne pas enregistrer votre carte bancaire pour un achat ponctuel.
Savoir si votre identité est utilisée
Aucun outil ne le dit avec certitude : Cybermalveillance.gouv.fr rappelle que les victimes le découvrent souvent après coup. La fiche « Usurpation d'identité » de Service Public (vérifiée le 16 septembre 2025) liste des contrôles que chacun peut faire :
- Lire ses relevés bancaires.
- Demander si des comptes ont été ouverts à son nom dans le fichier des comptes bancaires (Ficoba).
- Vérifier auprès de la Banque de France l'absence d'inscription au fichier central des chèques (FCC) ou au fichier des incidents de remboursement des crédits (FICP).
- Surveiller la réception d'avis de contravention pour des infractions que l'on n'a pas commises.
- Taper régulièrement son nom dans un moteur de recherche.
Ces vérifications sont gratuites : la demande d'accès à Ficoba est gratuite, tout comme la demande de consultation des fichiers d'incidents de la Banque de France (FCC, FICP). Elles portent sur les conséquences qui coûtent le plus cher : un compte ouvert à votre nom, ou une inscription au FCC ou au FICP.
Si l'usurpation a déjà eu lieu
Aucun abonnement ne remplace les démarches indiquées par Cybermalveillance.gouv.fr : conserver les preuves, signaler l'usurpation aux organismes concernés, déposer plainte pour chaque fait, prévenir immédiatement vos banques et, si vos informations bancaires ont été dérobées, faire opposition immédiatement, faire annuler et renouveler les pièces d'identité utilisées, puis contacter la Banque de France pour vérifier qu'aucun compte ni crédit n'a été ouvert. Info Escroqueries répond au 0 805 805 817 (appel gratuit) et France Victimes au 116 006.
Ce qu'un service payant ajoute, et ce qu'il n'ajoute pas
| Besoin | Démarche gratuite | Apport d'un service de suppression |
|---|---|---|
| Faire effacer vos données chez un organisme identifié | Demande directe, modèle de courrier de la CNIL | Aucun |
| Envoyer des demandes à des centaines de courtiers en données | Possible, mais long | Automatisation et relances |
| Savoir si un compte ou un crédit a été ouvert à votre nom | Banque de France (FCC, FICP) et Ficoba | Aucun |
| Empêcher un faux conseiller d'avoir vos coordonnées issues d'une fuite | Impossible a posteriori | Aucun : une fuite n'est pas un courtier |
| Réagir après une usurpation | Plainte, banque, pièces d'identité | Aucun |
Un service de suppression agit donc sur une seule ligne de ce tableau. Il n'empêche ni l'hameçonnage ni l'exploitation de données déjà volées lors d'une fuite, que Cybermalveillance.gouv.fr cite parmi les sources d'information des faux conseillers bancaires.
Incogni, faits vérifiés le 1er octobre 2026
C'est le service pour lequel la page affiche un lien partenaire. Nous ne l'avons pas testé ; ce qui suit vient de ses pages officielles, lues à cette date.
- Ce qu'il fait. Selon ses conditions d'utilisation, Incogni contacte en votre nom des courtiers en données pour demander la suppression de vos informations et s'opposer à leur vente. Sa page d'accueil précise que vous devez pour cela lui fournir nom, adresse e-mail et adresse postale, et signer une autorisation.
- Disponibilité. Les conditions d'utilisation citent l'Union européenne parmi les zones où le service opère, avec la Suisse, le Royaume-Uni, la Norvège, l'Islande, le Liechtenstein, le Canada et les États-Unis. Un résident français peut donc s'abonner.
- Vérification indépendante. L'éditeur indique que Deloitte a délivré le 6 août 2025 une assurance limitée portant notamment sur l'envoi de demandes récurrentes aux courtiers (au moins tous les 60 ou 90 jours selon leur type) et sur l'absence de vente des données de ses clients en 2024. Nous n'avons pas lu le rapport de Deloitte lui-même.
- Remboursement. Garantie de 30 jours annoncée sur toutes les formules.
Limites relevées :
- les mêmes conditions préviennent que le nombre de demandes abouties peut dépendre du pays de résidence. Le chiffre de plus de 420 courtiers couverts est global, et rien sur les pages consultées n'indique combien concernent des données de résidents français ;
- les guides de désinscription mis en avant sur la page d'accueil portent sur des sites de recherche de personnes comme Whitepages ou TruePeopleSearch ; nous n'y avons vu aucun site français ;
- pour agir, le service doit détenir vos coordonnées complètes : vous confiez des données à un tiers pour en faire retirer ailleurs ;
- les pages que nous avons consultées étaient en anglais, avec des tarifs affichés en dollars, et les litiges relèvent selon les conditions des tribunaux de Californie, sous réserve des droits que vous tenez de la loi de votre pays ;
- les demandes prennent du temps : la page des tarifs signale que certaines mettent plus de 30 jours à être traitées.
Notre avis : le service a un intérêt pour quelqu'un dont les coordonnées figurent sur les sites de recherche de personnes qu'il couvre. Pour un résident français sans cette exposition, les démarches gratuites ci-dessus couvrent l'essentiel, et il est raisonnable d'attendre de savoir ce que le service retire concrètement pour un profil français avant de s'engager sur un an.
Aura : écarté, service réservé à l'Amérique du Nord
Une version précédente de ce guide recommandait Aura. Ses conditions de service, lues le 1er octobre 2026, réservent l'accès aux personnes qui résident aux États-Unis ou au Canada, et sa page d'accueil met en avant la surveillance de trois bureaux de crédit (Experian, TransUnion, Equifax) et du numéro de sécurité sociale (SSN). Ce service n'est pas accessible à un résident français : nous l'avons retiré.
Voir aussi nos articles fuite de données, que faire et compte piraté, que faire.